Tania Panova – 2010 Dar Kawa

by VB

Tania Panova photography

Tania and I met by accident.
The Moroccans would call it “mektoub” : It is foreordained –  and the Russians, “soudba” – “destiny” .
By chance, Tania came to Marrakesh for a residency at the Sahart Foundation. At the time, she was mainly painting and making collages, and working a little with photography.
She showed me her photo portfolio: she’d shot visuals of light bulbs and washing-machine guts… I immediately liked her strong compositions and her way of looking at things and deconstructing them. I suggested she prepare work to show in Marrakesh. She was inspired to work on shadows. Instinctively, Tania began photographing my work, the very first collection of Mia Zia scarves, back in 1998.
Since then, we have worked together on a number of projects, and I am still delighted by her gaze and her own personal little melody. Her imagination is guided by the heart of an inner child, an integral part of her.

She’s the one who sets up an appointment to Skype with me, saying, “You’ll be able to recognize me because I’ll be wearing a white blouse and holding a red rose in my right hand.”»
She’s the one who created the ribbon-and-braid jewelry I called “sloon.” For several seasons, it was a trademark part of the Mia Zia collection. She designed the first model, inspiring my variations on it. It was the type of cooperation I love: a personal evolution resulting from an outer gaze.
I invited her to shoot the photos of Dar Kawa two years ago. All the visuals on the site are her work. Here, she reveals herself, her private vision of Dar Kawa, and some traces…

Tania et moi, nous nous sommes rencontrées par hasard.
Les Marocains disent “mektoub” – c’est écrit, les Russes disent “soudba” – le destin…
Elle est arrivée à Marrakech pour un séjour à la fondation Sahart, par accident. A l’époque, elle travaillait la peinture, les collages, un peu de photo … Son oeil capturait des ampoules, des entrailles de machines à laver… J’ai aimé sa façon de regarder les choses, de les détourner et lui ai proposé de préparer une exposition à Marrakech. Un travail sur les ombres est né et simultanément ses premières images sur mon travail, la toute première collection d’écharpes de Mia Zia. C’était en 1998.
Depuis, nous avons fait plusieurs projets ensemble et je continue à aimer son regard, cette petite musique qu’elle a au fond d’elle, son cœur d’enfant qui ne la quitte pas et qui anime son imaginaire.

C’est elle qui me donne rendez-vous sur Skype en me disant : “Afin que tu puisses me reconnaître, je porterai une chemise blanche et tiendrai une rose rouge dans la main droite.”
C’est elle qui a créé le bijou en passementerie que j’ai nommé “sloon” et qui, pendant plusieurs saisons, a été un “classique” emblématique dans la collection Mia Zia. Elle a fait le modèle, je l’ai décliné. Un partage comme je les aime, un regard extérieur qui vous fait évoluer.
Il y a 2 ans, je l’ai invitée à faire les photos de Dar Kawa. Ci-dessous elle partage sa vision personnelle de la maison.

Tania Panova photography

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Tania Panova – 2011

I move along the labirinth of narrow streets of Marrakeсh medina. It’s 1432 according to the Arabic calendar. The labirinth catches and drags into the absurdity and chaos of medieval anthill. Ununderstandable speech, sounds of klaxons, mint seller’s call, muezzin’s strict voice endless praising Allah, drumming and bagpipes’ poignant sound is coming from the square. Sounds of the radios are coming from the open stores. Sweet-voiced arabic singers are signing about their “habibi” and “habibs”, yellow canary birds are echoing them from their little golden cages.
Sun blinds and illuminates the image in my eyes in red and white negatives.
I close my eyes and still see the picture under my closed eyelids. This sound river carries me in clamour and cacophony sometimes making me laugh, sometimes amazing me; at every turn – the unpredictability, and gradually narrowing streets take either to the future or to the past.
I love to dissolve in medina’s chaos, being free from understanding this world’s laws, the world functioning according it’s own bizarre logic. I especially love it knowing that in the middle of this vain world there is an island with an Ivory Tower waiting for me.

A heavy curved door  and a deafening silence behind it. Calmness realizes itself in off-white, light-grey, full of dignity space. It’s as transparent and cool as a glass of water waiting for me in a shadow of arched rooms. The echo of still calm is hidden in noble silent vaults.
High doors keeping mysteries of many generations invite to hide in their rooms shadow. Coolness and quietness sober me up from the street madness; eyes are enjoying grey and light blue calm.
Found myself  one on one with the House; as if awaken from a phantasmagoric dream where I got lost and almost lost myself forever.
I love to wonder around this house hunting sunny stripes entering the rooms and the drawing magic formulas of  light’s and shadow’s ratio. I watch sun’s movement around us: the House and me in it. I am invited to a mysterious performance: “Visible-invisible”.The scenography is simple and genious – strict graphics of sharply sketched shadows, slowly dancing penumbra of patterned fabric rocking with wind, sun beam broken in a glass of water reflects with a shine like a diamond glare. Another beam reflected in the mirror, breaks into 3 parts – falls on a water stream coming from a small copper tap and lightens the dissolved in shadow wall with a scattering of shiny glares.

On this and other walls there are paintings and photographs. Looking at them I set out for another journey in  the garden of forking paths – reality’s infinite meanings and variations. The walls become three-dimensional tunnels to the past and tell about the Time and  its stops . I know this works for a long time now. 10 years ago they meant something different from meanings and senses I see now. These works are like wine the taste of  which becomes more complicated with the time; with the time they enriched new meanings.
I  look at my works – then I was happy that I was given to see – now I am happy that my past is real and tangible. I feel peace because my ideals haven’t left me and the main thread is not broken.
My eyes, my mind are in state of hapinness – nothing breaks the harmony – there is no random object here –inanimate or of surrogate essence.

I think of Valerie, about her joyful sense of harmony, making this amazing play of colours, light, textures, citations and allusions. I love this house and I miss it as I miss a close friend.

Tania Panova – 2011

J’avance dans le labyrinthe des rues étroites de la médina de Marrakeсh. Nous sommes en 1432, selon le calendrier arabe. Le labyrinthe me happe et m’entraîne dans l’absurdité et le chaos d’une fourmilière mediévale. Des paroles incompréhensibles, le bruit des klaxons, le cri du vendeur de menthe, la voix stricte du muezzin louant sans cesse Allah, la musique poignante des tambours et des cornemuses me parviennent de la place. Le son des radios fuse par la porte des magasins. Des chanteurs arabes à la voix douce évoquent leurs «  habibi » et leurs «  habiba » ; des canaris jaunes dans leurs cages dorées leur répondent en écho.
Le soleil m’aveugle et illumine l’image que j’ai dans les yeux en négatifs rouges et blancs.Je ferme les yeux et continue de voir l’image sous mes paupières closes. Cette rivière de sons me transporte dans la clameur et la cacophonie ; parfois cela me fait rire, parfois cela me stupéfie. A chaque coin de rue, l’imprévisibilité. Les rues rétrécissent progressivement et nous transportent soit dans le futur, soit dans le passé. J’aime me dissoudre dans la pagaille de la médina, affanchie de la compréhension des lois de ce monde, car il fonctionne selon sa propre et étrange logique. J’aime tout particulièrement savoir qu’au milieu de ce vain monde m’attend une île avec une tour d’ivoire.

Une lourde porte arrondie, puis un silence assourdissant derrière. Le calme se matérialise en blanc cassé, en gris clair. Il est aussi transparent et frais que le verre d’eau qui m’attend à l’ombre des pièces voûtées. L’écho de la tranquillité se dissimule dans les voûtes nobles et silencieuses.
De hautes portes qui protègent les mystères de multiples générations m’invitent à me cacher dans l’ombre de leurs pièces. La fraîcheur et la quiétude me reposent de la folie de la rue ; mes yeux apprécient le calme gris et bleu clair.
Je me suis trouvée en harmonie avec la Maison ; comme si je me réveillais d’une fantasmagorie où je me serais perdue et où j’aurais failli me perdre à jamais.
J’aime flâner dans cette maison, guetter les zébrures du soleil qui pénètrent dans les pièces et la formule magique de la proportion entre ombre et lumière. Je suis le mouvement du soleil autour de nous : la Maison et moi à l’intérieur. Je suis conviée à une mystérieuse représentation intitulée « Visible-invisible ». La scénographie est simple et ingénieuse : un graphisme rigoureux d’ombres nettement dessinées, des tissus à motifs qui se balancent dans le vent, entraînant la pénombre dans une danse lente ; un rayon de soleil se brise dans un verre d’eau, étincelant comme un diamant. Un autre rayon se reflète dans le miroir, se brise en trois, tombe sur un filet d’eau qui coule d’un petit robinet de cuivre et éclaire le mur qui se fond dans la l’obscurité d’une constellation d’éclats lumineux.

Ce mur, ainsi que d’autres, est orné de peintures et de photographies. En les regardant, je pars en promenade dans le « jardin aux sentiers qui bifurquent » : les sens et variations infinis de la réalité. Les murs deviennent des tunnels en trois dimensions conduisant vers le passé, qui nous parlent du Temps et de ses haltes. Je connais ces œuvres depuis longtemps. Il y a dix ans, elles signifiaient autre chose que les sens et les sentiments que j’y perçois aujourd’hui. Elles sont comme le vin, dont le goût devient plus complexe avec le temps ; avec le temps, elles s’enrichissent de nouvelles significations.
Je regarde mes photographies : à l’époque, j’étais heureuse d’être douée de la vue ; je suis aujourd’hui heureuse que mon passé soit réel et tangible. Je suis en paix avec moi-même parce que mes idéaux ne m’ont pas quittée et que le fil conducteur ne s’est pas rompu.
Mes yeux, mon esprit sont dans un état de béatitude : rien ne rompt l’harmonie, il n’y a pas d’objet aléatoire ici, inanimé ou de substitution.

Je pense à Valérie, à son sens joyeux de l’harmonie capable de créer cet étonnant jeu de couleurs, de lumière, de textures, d’éloges et d’allusions. J’aime cette maison et elle me manque comme me manquerait un ami proche.